L’investissement durable ne gagne guère de terrain auprès des épargnants français. Mais derrière cette stabilité se dessine une fracture générationnelle : les moins de 35 ans accordent davantage d’importance aux conséquences environnementales et sociales de leurs placements, souligne un récent sondage.
Les jeunes croient davantage au pouvoir de leur épargne

La finance responsable peine toujours à sortir de son cercle d’initiés. Pourtant, une génération semble plus réceptive que les autres. Selon la 9ème édition du sondage « Les Français et la finance responsable », réalisée par l’institut Ifop pour le compte du Forum pour l’investissement responsable (FIR) dévoilée le 23 septembre 2026(*), les moins de 35 ans affichent une sensibilité supérieure à leurs aînés à propos des impacts environnementaux et sociaux de leurs placements.
Cette année, 68% chez les 18-24 ans et 65% des 25-34 ans déclarent prendre ces enjeux en compte dans leurs décisions d’investissement. Le pourcentage tombe à 53% chez les 35-49 ans et à seulement 40% chez les 65 ans et plus.
Les moins de 35 ans veulent peser avec leur épargne
L’écart générationnel se retrouve dans la perception du pouvoir de l’épargne. Près des deux tiers des 18-24 ans (65%) considèrent que leurs placements peuvent avoir un impact réellement positif sur l’environnement et la société. Tous âges confondus, ils ne sont que 47% à partager cette conviction.
Les jeunes épargnants apparaissent également plus disposés à passer à l’action. Parmi ceux auxquels aucun investissement responsable n’a encore été proposé, 44% des 18-24 ans et 39% des 25-34 ans se disent prêts à investir dans ce type de produit.
Cette appétence ne se traduit toutefois pas encore par une adoption massive. À peine 14% des épargnants déclarent avoir déjà placé de l’argent dans un fonds d’investissement responsable, une proportion identique à celle observée en 2025. Le taux grimpe néanmoins à 21% chez les détenteurs de produits d’épargne autres que les livrets, contre 18% un an auparavant.
L’investissement responsable toujours méconnu
Le principal frein reste la faible notoriété de la finance responsable. Seuls 17% des épargnants affirment connaître l’investissement responsable, un chiffre qui n’a pas évolué en un an.
Les labels censés permettre d’identifier ces placements ne sont guère mieux connus. Moins du quart (22%) des épargnants disent avoir déjà entendu parler de ces dispositifs et à peine 3% sont capables de citer spontanément le label ISR (pour Investissement socialement responsable).
Une faible exposition à l’offre
Cette méconnaissance s’explique aussi par une faible exposition à l’offre. Seuls 16% des épargnants indiquent que leur banque ou leur conseiller financier leur a déjà proposé un investissement durable. Là encore, aucune progression n’est enregistrée par rapport à 2025.
Pourtant, la proposition semble déterminante : parmi les épargnants auxquels un investissement responsable a été présenté, 62% déclarent avoir effectivement franchi le pas.
Pollution, droits humains et climat en tête des préoccupations
Les priorités des épargnants évoluent peu. Les pollutions restent l’enjeu le plus souvent considéré comme prioritaire en matière d’investissement responsable, cité par 77% des personnes interrogées. Suivent les droits humains, à 75%, et le changement climatique, à 73%.
Les énergies associées à la transition bénéficient également d’une image particulièrement favorable. Le photovoltaïque est jugé compatible avec l’investissement responsable par 79% des épargnants, devant l’éolien (73%) et l’hydrogène (66%).
Des effets concrets à démontrer
L’un des défis de la finance « verte » consiste à convaincre de son efficacité réelle. Si 47% des épargnants pensent pouvoir exercer un impact positif grâce à leur épargne, ils ne sont que 35% à porter un jugement positif sur l’impact actuel des produits d’investissement responsable.
Une majorité (57%) estime, au contraire, que leur impact est neutre. Un décalage persiste donc entre la volonté d’utiliser son épargne comme levier d’action et la perception des résultats obtenus par les produits actuellement disponibles.
Un nouvel enjeu : la souveraineté
Enfin, le sondage du FIR fait émerger une autre préoccupation : la souveraineté. Interrogés sur les secteurs à privilégier dans ce domaine, les Français placent très nettement l’énergie en tête, citée par 44% des répondants. L’alimentation arrive en deuxième position avec 31%, devant la santé (18%) et le numérique (7%).
Créé il y a 25 ans, le FIR est une association qui vise à promouvoir et à développer l’investissement responsable. Il réunit tous les acteurs de la finance durable : investisseurs, sociétés de gestion, intermédiaires financiers, agences de notations extra-financières, conseils investisseurs, organisations de place, syndicats, ONG, associations, avocats, journalistes ou encore universitaires. Le FIR est l’organisateur de la Semaine de la Finance responsable, dont la prochaine édition va avoir lieu du 30 septembre au 11 octobre 2026.
(*) Réalisé auprès d’un panel de 1 002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite






