Le régime complémentaire des salariés du privé prévoit de verser jusqu’à 847 millions d’euros à des pensionnés dont les retraites ont été injustement interrompues. La régularisation concerne principalement des retraités expatriés, ainsi que des veufs et veuves, qui n’ont pas répondu aux courriers de contrôle.
Pensions suspendues à tort : l’Agirc-Arrco va dédommager 100 000 retraités

Près de 100 000 retraités vont voir leur pension complémentaire rétablie, parfois après plusieurs années d’interruption injustifiée. L’Agirc-Arrco, le régime de retraite complémentaire des salariés du secteur privé, estime devoir leur reverser jusqu’à 847 millions d’euros, selon une évaluation interne révélée par le quotidien économique Les Échos.
Quand le silence vaut suspension
Les dossiers en cause relèvent de deux situations. La première concerne les retraités installés hors de France, soumis chaque année à l’obligation de prouver qu’ils sont toujours en vie pour continuer à percevoir leur pension Agirc-Arrco. La seconde touche les veufs et veuves bénéficiaires d’une pension complémentaire de réversion, qui correspond à 60% de la retraite Agirc-Arrco de leur époux ou de leur épouse décédé(e). Ces conjoints survivants doivent, eux, confirmer tous les quatre ans qu’ils ne se sont pas remariés (les réversions Agirc-Arrco sont suspendues en cas de remariage).
Lorsque les intéressés ne renvoient pas le certificat de vie ou la déclaration sur l’honneur de non-remariage demandés, les versements sont gelés pendant un an, puis purement et simplement interrompus. Or, les motifs d’absence de réponse sont nombreux : grand âge, méconnaissance des outils numériques, barrière de la langue, illettrisme ou encore déménagement non signalé. Et quand la pension est si faible qu’elle n’est versée qu’une fois par trimestre, voire une fois par an, son interruption peut passer inaperçue.
Deux outils numériques ont fait émerger le problème
L’Agirc-Arrco s’est rendu compte du problème des pensions suspendues à tort grâce à deux évolutions récentes. À l’automne 2025, toutes les caisses du régime de retraite complémentaire ont basculé sur un système d’information unifié, qui autorise désormais des rapprochements jusque-là impossibles entre les dossiers.
En décembre 2025, le régime a, par ailleurs, obtenu la possibilité de croiser ses fichiers avec ceux de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Cette interconnexion permet notamment de repérer les remariages des veufs et veuves (et donc les absences de leur remariage), puisque les couples mariés sont tenus à remplir une déclaration de revenus commune.
Des régulations d’ici le 31 décembre
Selon l’Agirc-Arrco, environ 12 000 personnes apparaissent d’ores et déjà comme indiscutablement lésées. Leur dédommagement représenterait un peu plus de 69 millions d’euros.
À ce premier cercle s’ajoutent quelque 86 000 pensionnés pour lesquels la probabilité d’un préjudice est jugée forte. Cette seconde vague mobiliserait près de 780 millions d’euros. En cumulé, les pensions injustement suspendues concerneraient 98 126 personnes pour une somme 847,5 millions d’euros. L’Agirc-Arrco va procéder aux régularisations d’ici au 31 décembre prochain.
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Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite











