Pourquoi le cours de l’action 2CRSi chute en Bourse

Par Olivier Brunet
Temps de lecture : 5 minutes
L'action 2CRSi chahutée après un rapport à charge

Grizzly Research, un actionnaire activiste américain, a publié un rapport dénonçant une croissance « presque entièrement fabriquée » aux États-Unis. 2CRSi « conteste fermement ».

Cotation suspendue après une chute de 43,05%, à 25,40 euros

2CRSi (Code ISIN : FR0013341781), société française spécialisée dans la fabrication de serveurs informatiques pour le calcul haute performance et l’intelligence artificielle, a demandé à Euronext, l’opérateur de la Bourse de Paris, de suspendre sa cotation, le jeudi 18 juin 2026. Cette décision intervient après la chute du cours de son action sur Euronext Growth de 43,05% par rapport à la veille, à 25,40 euros.

Le titre a ainsi effacé deux mois et demi de hausse, revenant à son niveau du 30 mars dernier. Depuis le 1er janvier 2026, l’action 2CRSi gagne encore 121,64%. L’action avait touché un plus haut historique à 59,95 euros, le 2 juin dernier.

Les raisons de cette dégringolade et de la suspension de cotation

Le marché a vivement réagi à un rapport d’analyse critique publié le même jour sur 2CRSi par la société américaine Grizzly Research, dont une des entités associées, Grizzly Capital Management, a pris une position vendeuse sur le titre (elle spécule sur une baisse). Le contenu de cette note et la réaction du marché qui a suivi ont donc amené la société strasbourgeoise à demander la suspension de cotation des actions, qui conduit à stopper les échanges entre acheteurs et vendeurs.

Dans un avis, Euronext a indiqué avoir procédé à cette suspension « à la demande de l’émetteur, dans l’attente de la publication d’un communiqué de presse et jusqu’à nouvel avis ».

Ce que contient le rapport à charge de Grizzly Research

Dans son rapport en accès libre intitulé en français « 2CRSi pris la main dans le sac : revenus et prévisions fabriqués via des parties liées non divulguées », Grizzly Research relève qu’après avoir cédé en 2023 sa filiale « Boston Limited », qui représentait plus de 83% de son chiffre d’affaires, la société présidée par Alain Wilmouth avait « besoin » d’un nouveau récit de croissance à destination de la communauté financière.

« C’est précisément à ce moment-là que le chiffre d’affaires de sa filiale américaine a soudainement explosé », alors que la contribution de ce pays était jusque-là marginale (3% du CA).

Le rapport affirme que cette croissance serait « vraisemblablement » presque entièrement fabriquée, via un montage « impliquant des parties liées non divulguées » avec l’aide d’un certain Joseph Church, vétérinaire sans aucune expérience dans le domaine des data centers ni ressources financières substantielles. Church aurait créé en 2023-2024 un écosystème de sociétés fictives, toutes domiciliées dans la petite clinique vétérinaire qu’il codétient à Plattsburgh (État de New York), qui auraient « servi de socle » aux annonces américaines de 2CRSi.

Le client anonyme derrière un contrat faramineux de 610 M$ (et une commande plus récente de 290 M$) serait, selon Grizzly Research, l’une de ces entités, baptisée « NewYork GreenCloud » (NYGC), créée le jour même de l’annonce du contrat par 2CRSi, dont le site web aurait été monté et hébergé par le service informatique de 2CRSi et dont le PDG de 2CRSi figurerait comme « co-fondateur » sur la présentation de levée de fonds.

Présentée comme un « leading data center operator » (grand opérateur de data centers), NYGC n’en aurait en réalité « jamais construit ni exploité » aucun : Church rachèterait de vieilles centrales électriques à prix de casse pour « pour attirer des investisseurs en inventant des histoires de ‘green data centers’ ».

Le rapport conclut que 2CRSi aurait bâti « une structure frauduleuse aux États-Unis afin de fabriquer un récit de croissance à destination de ses investisseurs » et que les « investisseurs, les régulateurs et les auditeurs ont été délibérément trompés ».

2CRSi conteste « des allégations graves »

Dans son communiqué de presse annonçant la suspension de cotation, 2CRSi indique que celle-ci vise à « apporter une réponse détaillée aux allégations formulées dans la publication » et « permettre au marché de disposer d’éléments d’appréciation complets ». Elle « conteste fermement » les « allégations graves » contenues dans le rapport.

2CRSi annonce qu’elle « communiquera au marché dans les meilleurs délais » et qu’elle se réserve, par ailleurs, « le droit d’engager toute action qu’elle estimera appropriée pour préserver ses droits, sa réputation et les intérêts de ses actionnaires ».

2CRSi organise un webinaire le vendredi 19 juin à 18 heures, au cours duquel le PDG Alain Wilmouth prendra la parole afin d’apporter « les premiers éléments de réponse » et de répondre aux questions des actionnaires individuels.

La première réponse de 2CRSi

Dans un communiqué publié le vendredi 19 juin dans l’après-midi intitulé « 2CRSi explique le « short-biased » de Grizzly », la société a publié une première réaction, où elle a tenu à rappeler « l’intérêt financier de son auteur à la baisse du cours de son titre », la publication du rapport s’inscrivant« dans une démarche de vente à découvert activiste ». 2CRSi indique à cette occasion que, selon une déclaration de position vendeuse nette publiée par l’Autorité des marchés financiers (AMF), Grizzly Capital Management détenait, avant la publication du rapport, une position vendeuse nette de 0,89% du capital de 2CRSi, soit environ 200 000 titres.

« Une telle démarche repose par nature sur une asymétrie immédiate : la diffusion publique d’un rapport à charge vise à provoquer une réaction de marché brutale avant même que la société visée n’ait pu répondre de manière complète et documentée », signale l’entreprise strasbourgeoise.

2CRSi considère que ce « conflit d’intérêts, comme la nature d’opinion que Grizzly Research reconnaît elle même à ses affirmations, doivent être pleinement pris en compte dans l’appréciation des accusations formulées ». La société « conteste la construction de cette publication, fondée sur des interprétations, des rapprochements et des extrapolations qu’elle estime trompeurs, et y répondra de manière circonstanciée dans un communiqué détaillé ».

Olivier Brunet

Olivier Brunet

Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité

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