Retraite : boom des départs sous l’effet de la suspension de la réforme

Par Jean-Philippe Dubosc
Temps de lecture : 3 minutes
Des hommes et femmes sexagénaires se bousculent pour sortir

Le régime de retraite de base des salariés, des indépendants et des contractuels devrait enregistrer 70 000 demandes de liquidation de plus cette année. Cet afflux résulte de la suspension temporaire de la réforme des retraites de 2023, une mesure qui permet à certains actifs de partir trois ou six mois plus tôt.

Davantage de Français vont partir à la retraite cette année. Dans une interview publiée le 28 octobre dans Les Échos, Paul Bazin, le directeur général de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav), a annoncé que l’Assurance retraite devrait traiter 905 000 demandes de liquidation en 2026. Soit 70 000 de plus qu’en 2025.

L’Assurance retraite verse les pensions de base des salariés des entreprises et des associations, des artisans, des commerçants, des agents non titulaires de la fonction publique (contractuels, vacataires) et des élus locaux (maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux…). Il s’agit, de loin, du premier régime français de retraite avec 15,5 millions de retraités sur les 17 millions existants.

Un affux « exceptionnel »

Pour le DG de la Cnav, cet « afflux exceptionnel » de départs résulte de la suspension de la réforme des retraites de 2023. La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 a gelé temporairement le décalage progressif de l’âge légal (l’âge minimum de départ à la retraite) de 62 à 64 ans instauré par la réforme.

Les personnes nées en 1964 ou entre le 1er janvier et le 31 mars 1965 sont autorisées à partir à 62 ans et 9 mois au lieu de respectivement 63 ans et 63 ans et 3 mois. Celles nées entre le 1er avril et le 31 décembre 1965 peuvent liquider leurs droits à la retraite à 63 ans (au lieu de 63 ans et 3 mois), à 63 ans et 3 mois (au lieu de 63 ans et 6 mois) pour les natifs de 1966, à 63 ans et 6 mois (au lieu de 63 ans et 9 mois) pour ceux de 1967, à 63 ans et 9 mois (au lieu de 64 ans) pour ceux de 1968.

L’âge légal à 64 ans décalé d’un an

Les actifs nés entre 1964 et 1968 ont ainsi la possibilité de quitter la vie professionnelle trois à six mois plus tôt que prévu. Au final, l’âge légal de départ à 64 ans va s’appliquer aux générations nées à compter de 1969, et non à compter de 1968.

Si la Cnav avait anticipé l’augmentation « très forte » des départs à la retraite cette année à la suite de la suspension temporaire de la réforme de 2023 par la LFSS 2026, la caisse n’avait pas vu venir le « succès extrêmement fort » de la retraite progressive, de l’aveu de Paul Bazin. Entre janvier et septembre, l’Assurance retraite a effectué 46 000 attributions, contre 22 000 durant la même période de l’an dernier.

Extension de la retraite progressive

La retraite progressive permet aux seniors de passer à temps partiel, tout en touchant une fraction de leurs retraites. Jusqu’ici réservé aux salariés, aux contractuels et aux agriculteurs, le dispositif a été étendu aux artisans, aux commerçants, aux fonctionnaires, aux professions libérales (médecins, avocats, notaires…) et aux agents des régimes « spéciaux » (EDF, SNCF, RATP…) par la réforme des retraites de 2023.

En outre, la retraite progressive est accessible dès 60 ans depuis le 1er septembre 2025 (il fallait être à deux ans de l’âge légal auparavant, soit de 60 à 62 ans). En revanche, l’actif doit toujours avoir validé au moins 150 trimestres (37,5 ans de cotisation), réduire son temps de travail (40% à 80% d’un temps plein pour un salarié, 50% à 90% pour un fonctionnaire) ou ses revenus professionnels (baisse d’au moins 20% des bénéfices pour les indépendants) pour en bénéficier.

Jean-Philippe Dubosc

Jean-Philippe Dubosc

Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite

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