Livret A : les députés refusent de relever le plafond à 30 000 euros

Par Olivier Brunet
Temps de lecture : 3 minutes
Le plafond du Livret A laissé inchangé par les députés

L’Assemblée nationale a rejeté le relèvement du plafond du Livret A à 30 000 euros défendu par Éric Coquerel. Le gouvernement a toutefois laissé la porte ouverte à une hausse ultérieure, par décret.

Le plafond du Livret A devrait finalement rester inchangé. Les députés ont rejeté, le 16 octobre 2026, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2027, les quatre amendements visant à relever de 22 950 à 30 000 euros la limite des versements sur ce livret détenu par 83% des Français. Une proposition qui avait pourtant été adoptée quelques jours plus tôt par la commission des finances.

Livret A à 30 000 euros : deux versions rejetées par les députés

À l’origine de cette disposition, Éric Coquerel (LFI), président de la commission, souhaitait mobiliser davantage d’épargne pour financer l’adaptation des logements sociaux aux fortes chaleurs. La mesure aurait permis, selon l’exposé de son amendement, de collecter 30 à 40 milliards d’euros, dont 5 milliards pour des prêts de la Caisse des dépôts. « Nous sommes certains de devoir faire face dans le futur à des canicules du même ordre, et peut-être même pires, que celle de cette année », a-t-il plaidé.

Les amendements identiques n° 3625 (LFI) et 3744 prévoyaient également de porter de 60% à 70% la part des dépôts centralisée à la Caisse des dépôts (pour financer le logement social), ce qui aurait conduit à réduire la part mobilisable par les banques pour leur activité de prêt. Ils ont été rejetés par 51 voix contre 32. Deux amendements de repli, qui visaient à maintenir la hausse du plafond du Livret A sans modifier la centralisation, ont subi le même sort, par 56 voix contre 29.

Les banques voient un « danger » pour l’épargne de long terme

Le rapporteur général du Budget, Philippe Juvin (LR), a rappelé l’avis favorable donné au relèvement du plafond en commission, tout en relayant les réserves des banques. « Entre la réunion de la commission et aujourd’hui, un certain nombre d’acteurs économiques du secteur bancaire ont attiré mon attention sur le fait qu’en portant le plafond du livret A à 30 000 euros, on détournerait une partie de l’épargne des Français de produits d’épargne de long terme, par définition plus risqués mais, potentiellement, plus rentables », a-t-il relaté, évoquant un « danger » pour l’assurance vie notamment, sans la nommer.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel a émis un avis défavorable. Il a souligné que l’encours moyen du Livret A atteignait 7 554 euros, loin du plafond actuel, et que les ressources disponibles suffisaient aux besoins identifiés du logement social. Il n’a toutefois pas exclu une évolution du plafond, parmi d’autres sources de financement de l’adaptation au changement climatique du parc immobilier social et public. « Il faut étudier la répartition à opérer [parmi les sources de financement]. C’est sur cette base pragmatique que nous pourrons décider de relever, ou de ne pas relever, le montant du plafond du livret A et, si nous le relevons, de déterminer de combien », a-t-il argué, en rappelant que le plafond pouvait être modifié « par voie réglementaire ».

Jean-Philippe Tanguy (RN) s’est vivement opposé à ce relèvement, dénonçant une rémunération insuffisante face à l’inflation. Jean-René Cazeneuve (Ensemble pour la République) a contesté cette analyse : selon lui, depuis 2000, le taux du Livret A aurait atteint 1,9% par an en moyenne, pour une inflation moyenne de 1,6%.

Olivier Brunet

Olivier Brunet

Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité

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