Jeudi 5 novembre, le Nasdaq a dévissé de 5,52%, emporté par la crainte d’un coup de frein au développement de l’IA, après la victoire démocrate aux élections américaines de mi-mandat. L’analyse des gérants de fonds.
Chute de Wall Street : pourquoi Nvidia et le Nasdaq ont décroché après les midterms

Une séance noire à la Bourse de New York. Jeudi 5 novembre, l’indice Nasdaq Composite, représentatif des valeurs technologiques, a plongé de 5,52%, sa plus forte chute depuis avril 2025, le S&P 500, plus large de 4,35% et le Dow Jones de 3,44%. Nvidia a cédé 8,91%, soit une évaporation d’environ 400 milliards de dollars, tandis que ses concurrents AMD et Micron plongeaient respectivement de 17,39% et 17,77%. Pour les valeurs de l’intelligence artificielle (IA), « c’est la pire séance depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, pire que DeepSeek (référence au choc boursier provoqué fin janvier 2025 par le lancement d’un modèle d’IA chinois moins coûteux, NDLR) », relève Karen Georges, gérante actions chez Ecofi.
Doutes sur les retours sur investissements, prises de bénéfices
À l’origine de cette déroute, la crainte d’une réglementation plus stricte sur les centres de données après la victoire des démocrates aux élections américaines de mi-mandat (« midterms »). Au Texas, la nouvelle gouverneure démocrate a promis de suspendre les autorisations de nouveaux projets de datacenters. Cependant, Olivier Malteste, directeur des investissements chez Yomoni, précise n’avoir « identifié aucune nouvelle décision politique qui expliquerait, à elle seule, l’ampleur de la baisse ».
Pour Karen Georges, la purge de jeudi s’explique par une « juxtaposition » de facteurs. Si les résultats des élections de mi-mandat ont servi de « catalyseur » à la baisse, celle-ci couvait déjà, d’autres ingrédients étant réunis pour que celle-ci se produise. En premier lieu, une surexposition des investisseurs à la thématique de l’IA. Début octobre, les hedge funds (fonds de gestion alternative) étaient exposés à plus de 22% aux grandes valeurs technologiques, un record, avant d’alléger massivement leurs positions, selon Karen Georges. De plus, l’essor des ETF (fonds indiciels cotés, répliquant les indices boursiers) depuis quinze ans a largement contribué à une concentration historique des grands indices mondiaux (MSCI World), comme américains (S&P 500), sur une poignée de valeurs. Or, jeudi, « plus d’un tiers des volumes sortis des marchés actions ont été le fait des ETF, surtout de particuliers américains », ajoute-t-elle.
Parallèlement, « la thématique de IA donnait déjà des signes de faiblesse depuis maintenant plusieurs semaines, voire plusieurs mois », poursuit-elle. Le secteur suscite des doutes sur les retours sur les investissements colossaux consentis, s’ajoutant à la fonte des flux de trésorerie disponibles cumulés des « hyperscalers » (Amazon, Oracle, Microsoft, Alphabet et Meta) : moins de 50 milliards de dollars attendus en 2026, après près de 300 milliards en 2025.
Cependant, pour Olivier Malteste, la séance de jeudi traduit davantage « une réduction du risque, probablement accompagnée de prises de bénéfices » qu’une remise en cause fondamentale de l’IA.
Bourse à Wall Street : ce que révèle l’historique post-midterms
Le scrutin a même levé une inconnue. « C’est un clearing event, un événement qui purge l’incertitude », résume Karen Georges. « Il n’y aura plus de très grande réforme au cours des deux prochaines années, ce qui va apporter de la stabilité », anticipe la gérante. Xavier Chapard, adjoint au directeur de la recherche de la société de gestion LBP AM, a la même lecture des événements. « La principale conséquence de ces élections est probablement la baisse des risques », estime-t-il, sans modifier fondamentalement les perspectives économiques américaines.
L’histoire boursière montre aussi que les deux années à venir pourraient être fastes. Dans les six mois suivant 18 des 20 élections de mi-mandat depuis 1946, les actions américaines ont fait mieux qu’au cours des six mois précédents, quelle que soit la majorité, a remarqué David Taieb, directeur des investissements en actifs cotés chez Sienna. Tout en relevant une surperformance en cas de présidence républicaine face à un Congrès divisé. Or les démocrates tiennent désormais les deux chambres du Congrès (Chambre des représentants et Sénat). Generali Investments rappelle que le S&P 500 a gagné en moyenne plus de 6% au quatrième trimestre des années de midterms, dans une note rédigée mercredi, avant la chute de jeudi.
Rédacteur en chef spécialisé placements et fiscalité






