Selon le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, le « trou » du système français des retraites va être quasiment deux fois plus élevé en 2027 que prévu. La faute à la chute de la natalité.
Retraite : le déficit des régimes va se creuser fortement

À l’avenir, le système français des retraites va virer au rouge vif. Tel est le principal enseignement du rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR) présenté le 11 juin 2026.
D’après les projections de cet organisme consultatif, placé sous l’autorité de Matignon et dont les travaux font autorité, le déficit cumulé des régimes français de retraite devrait atteindre 92,2 milliards d’euros en 2070, contre 55,4 milliards d’euros prévus initialement. Soit un « trou » presque deux fois plus élevé qu’attendu.
Chute de la natalité
La cause principale de cette importante dégradation des comptes des régimes de retraite vient de la baisse de la natalité. En avril dernier, l’Insee a revu ses données démographiques utilisées par le COR pour élaborer ses projections. Or, selon l’institut de la statistique, le taux de fécondité va passer de 1,8 enfant par femme à 1,45 enfant par femme à partir de 2028.
Et moins d’enfants, c’est moins de futurs actifs et donc moins de cotisations vieillesse à venir qui serviront à payer les pensions des retraités. D’où le creusement du déficit. Mais la situation aurait pu être pire, souligne le COR.
Solde migratoire plus positif que prévu
En premier lieu, l’allongement de l’espérance de vie va être légèrement moins important. À 65 ans, les femmes pourront espérer vivre encore 26,3 ans en 2070, contre 26,7 ans prévus dans le rapport du COR de l’an dernier. L’espérance de vie à 65 ans pour les hommes a été révisée à 24,4 ans, au lieu de 24,8 ans.
Mais surtout, les flux migratoires s’avèrent nettement plus conséquents qu’anticipé. Tous les ans, les entrées sur le territoire sont supérieures de 150 000 personnes aux sorties, contre 70 000 personnes prévues jusqu’ici. Le dynamisme du solde migratoire permet de compenser au trois quarts la chute de la natalité.
Un âge réel de départ à 64,6 ans
Le creusement du déficit des régimes de retraite n’est pas la seule mauvaise nouvelle du dernier rapport annuel du COR. Sous l’effet des réformes qui ont repoussé l’âge légal (l’âge minimum autorisé de départ à la retraite) et la durée d’assurance (le nombre de trimestres exigé pour toucher une pension sans décote), l’âge de départ « conjoncturel » (c’est-à-dire réel) va reculer progressivement, passant de 62 ans pour les actifs nés en 1955 à 64,6 ans pour ceux nés en 2000.
Le taux de remplacement, soit la différence entre la retraite perçue et le dernier salaire versé, va également décliner. En comparant toujours les générations 1955 et 2000, il va passer, en moyenne, de 75% à 68% pour les salariés non-cadres et de 53% à 47% pour les salariés cadres.
Baisse relative des pensions
Deux facteurs expliquent ces baisses de la pension par rapport à la dernière rémunération. Depuis la réforme Balladur de 1993, les retraites du secteur privé ne sont plus revalorisées par rapport à la hausse des salaires, mais par rapport à celle des prix. Or, l’inflation augmente traditionnellement moins vite que les salaires, ce qui entraîne un décrochage des pensions par rapport aux rémunérations.
Par ailleurs, l’Agirc-Arrco, le régime de retraite complémentaire des salariés du privé, a réduit le rendement du point pour combler son déficit. Une baisse de rentabilité qui a un impact important, sachant que la retraite Agirc-Arrco représente, en moyenne, 30% de la pension globale d’un non-cadre et 60% de celle d’un cadre.
Le taux moyen de remplacement des fonctionnaires va, lui, passer de 63% pour la génération 1955 à 56% pour la génération 2000. Outre l’indexation des retraites publiques sur l’inflation depuis 2003, c’est surtout l’augmentation de la part des primes dans la rémunération des agents publics pour compenser le gel de l’indice de la fonction publique qui explique cette baisse. Or, les primes ne sont pas soumises dans le secteur public aux cotisations vieillesse et n’entrent donc pas dans le calcul de la retraite des fonctionnaires.
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Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite











