Vous ne passerez pas la même retraite si vous êtes cadre ou ouvrier

Par Jean-Philippe Dubosc
Temps de lecture : 3 minutes
Un ouvrier dans un atelier et un cadre en costume dans un bureau

Une enquête récente de l’Insee pointe les inégalités de durée espérée de retraite et de durée espérée de retraite sans incapacité, en fonction notamment de la catégorie socio-professionnelle.

Nous ne sommes pas tous égaux, y compris pour la retraite. C’est ce que montre une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) rendue publique le 18 juin 2026.

Premier enseignement de cette enquête : alors que les Français vivent plus longtemps, ils passent paradoxalement moins de temps à la retraite. Si l’on compare la période 2009-2013 et la période 2017-2019, les femmes ont perdu 0,4 an de retraite et les hommes, 0,2 an. Cette baisse de la durée de retraite en dépit de l’allongement de l’espérance de vie résulte du report de l’âge légal (l’âge minimum de départ à la retraite) de 60 à 62 ans instauré par la réforme Woerth de 2010.

Des différences entre les femmes et les hommes

Si le repli est plus marqué chez les femmes, c’est parce que l’âge de retraite à taux plein (l’âge d’annulation automatique de la décote) a également été repoussé de deux ans, passant de 65 à 67 ans. Or, les femmes ayant davantage de carrières cachées que les hommes, elles sont plus nombreuses à attendre l’âge du taux plein pour prendre leur retraite.

Toutefois, l’espérance de retraite sans incapacité (ERSI), c’est-à-dire la durée espérée de retraite sans maladie grave, ni perte d’autonomie, augmente chez les femmes, tandis qu’elle recule chez les hommes. Au final, l’espérance de retraite (ER) d’une femme de 30 ans sur la période 2017‑2019 est de 24,3 ans, dont 12,2 ans d’ERSI et 19 ans sans incapacité forte. Pour un homme, l’espérance de retraite est de 20,2 ans, dont 10,8 ans sans incapacité et 16,4 ans sans incapacité forte.

La « double peine » des catégories populaires

L’avantage des femmes sur les hommes en matière d’ERSI (1,4 an) est donc bien plus faible qu’en matière d’ER (4,1 ans). Dit autrement, les femmes passent plus de temps à la retraite, mais pas en meilleure santé par rapport aux hommes.

Autre information tirée de l’enquête de l’Insee : les catégories sociales dites « populaires » subissent une « double peine ».  Non seulement, un homme ouvrier passe, en moyenne, 3,5 ans de moins à la retraite qu’un homme cadre, mais son espérance de retraite sans incapacité est de 4,9 ans moindre par rapport à celle d’un col blanc. Le même phénomène s’observe chez les femmes.

Des écarts entre les diplômés et les non-diplômés

« Le fait que les ouvriers partent en moyenne plus tôt à la retraite ne permet pas de compenser, d’une part leur plus faible espérance de vie, et d’autre part leur plus forte exposition aux incapacités », constate l’Insee. S’il existe un dispositif de retraite anticipée pour les métiers pénibles, il ne permet donc pas de contrebalancer les durées plus courtes d’ER et d’ERSI.

De la même manière, un homme sans diplôme peut s’attendre à vivre 4,9 ans de retraite de moins qu’un diplômé de l’enseignement supérieur, mais 5,7 années de moins en retraite sans incapacité. Les écarts d’ERSI sont là aussi supérieurs à ceux d’ER si on compare les diplômés du supérieur aux titulaires du brevet, d’un CAP ou équivalent. C’est le cas également en matière d’incapacité forte.

À lire également : Retraite : pour une dose de capitalisation

Jean-Philippe Dubosc

Jean-Philippe Dubosc

Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite

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