Le pouvoir d’achat des retraités a stagné entre 2020 et 2024

Par Jean-Philippe Dubosc
Temps de lecture : 3 minutes
Un retraité dépité devant son portefeuille vide

Selon les données publiques récemment publiées, le montant brut des retraites a progressé de plus de 14% entre 2020 et 2024. Mais en appliquant l’inflation, l’augmentation des pensions sur cette période est quasiment nulle.

Les retraités français n’ont pas perdu en pouvoir d’achat entre 2020 et 2024, mais n’en ont pas gagné non plus. D’après une enquête publiée le 14 octobre 2026 par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), le montant brut mensuel moyen de la pension de droit direct (c’est-à-dire sans compter les réversions versées aux veufs et veuves) des retraités résidant en France a progressé sur cette période de 14,4% en euros courants et en intégrant la majoration familiale. Il est ainsi passé de 1 532 euros en 2020 à 1 752 euros en 2024.

En ne prenant pas en compte la majoration servie aux parents de familles nombreuses, la hausse a même été légèrement supérieure (14,6%). Le montant brut de la retraite de droit direct hors ce bonus de 10% a été porté de 1 488 euros en 2020 à 1 705 euros en 2024. Plusieurs raisons expliquent cette augmentation.

Effet noria, revalorisations annuelles et majoration exceptionnelle

En premier lieu, les nouveaux retraités perçoivent des pensions généralement plus élevées car ils occupent plus souvent des emplois davantage qualifiés et donc mieux rémunérés, tandis que les anciens aux pensions plus modestes décèdent. Dit autrement, les « bonnes » retraites remplacent progressivement les « mauvaises » retraites. C’est ce que l’on appelle « l’effet noria » qui tire le montant des pensions vers le haut.

Par ailleurs, chaque année, les retraites sont revalorisées afin que les retraités puissent maintenir leur niveau de vie en dépit de la hausse des prix à la consommation. Enfin, la réforme des retraites de 2023 a instauré une majoration exceptionnelle sur les « petites » pensions. Ce dispositif, réservé aux pensionnés ayant cotisé au moins 120 trimestres (30 ans de cotisation), a majoré les retraites de base de 52 euros par mois en moyenne.

Gain de 0,1% après application de l’inflation

Il n’empêche, le montant brut des retraites a, en réalité, quasiment stagné en euros constants entre 2020 et 2024, c’est-à-dire une fois l’inflation appliquée. Selon la Drees qui dépend des ministères de l’Économie, de la Santé et des Solidarités, il a progressé de seulement 0,1% sur cette période en retranchant la hausse des prix. En d’autres termes, les retraités français n’ont pas gagné en pouvoir d’achat en dépit de l’effet noria, des revalorisations annuelles successives et de la majoration exceptionnelle.

Mais la situation diffère selon l’ancien statut professionnel du retraité. Toujours sur la période 2020-2024, la retraite de base des salariés des entreprises et associations a progressé de 1,2% en euros constants. Celle des salariés agricoles (travaillant dans une exploitation agricole, une coopérative agricole, une mutuelle agricole ou une industrie agro-alimentaire) a même grimpé de 18,1% corrigés de l’inflation.

Recul du niveau de vie des fonctionnaires retraités

Ce bond résulte de la mise en place de la liquidation unique des régimes alignés (LURA). Grâce à la LURA, la pension de base des assurés, qui ont été à la fois salarié, salarié agricole et/ou indépendant dans leur carrière, est désormais calculée sur leurs 25 meilleures années de rémunération tous régimes de retraite de base confondus et non au prorata de leur durée d’affiliation dans chacun des régimes concernés. Un dispositif qui profite largement aux salariés agricoles dont la rémunération est, en moyenne, moins élevée que celle des salariés des entreprises et associations, des artisans et des commerçants.

A contrario, les fonctionnaires d’État à la retraite ont vu leur pension de base reculer de 1,2% en euros constants entre 2020 et 2024. La baisse atteint même 2,3% pour les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers. Ces pertes de pouvoir d’achat résultent de la diminution du taux de remplacement des agents de la fonction publique. La retraite des fonctionnaires nés en 1953 équivaut, en moyenne, à 68,9% de leur dernier traitement indiciel, contre 76,3% pour ceux nés en 1940. La faute à la fois au gel du point d’indice de la fonction publique et à la part grandissante des primes dans la rémunération des agents publics alors que ces rémunérations variables ne sont pas prises en compte dans le calcul de leur retraite.

Jean-Philippe Dubosc

Jean-Philippe Dubosc

Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite

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