Des experts militent pour une sous-indexation des retraites

Par Jean-Philippe Dubosc
Temps de lecture : 3 minutes
Un retraité pas content aux poches vides

Dans son dernier avis, le Comité de suivi des retraites préconise, une nouvelle fois, de revaloriser les pensions en dessous de l’inflation jusqu’en 2030, en vue de restaurer l’équilibre financier des régimes. Mais à un niveau encore plus important compte tenu de l’aggravation du déficit.

Bis repetita. Pour la deuxième fois, le Comité de suivi des retraites (CSR) recommande de revaloriser les pensions de vieillesse en dessous de l’inflation afin de résorber le déficit du système. Mais compte tenu de la dégradation des comptes, le tour de vis serait plus important.

Dans son avis présenté le 9 juillet 2026, le CSR préconise d’augmenter les retraites d’au moins 2 points de pourcentage de moins que la hausse des prix à la consommation entre 2027 et 2030. Soit légèrement plus que son avis précédent rendu public le 10 juillet 2025 qui proposait une sous-indexation d’au moins 1,9 point d’ici 2030.

Des comptes dégradés

C’est qu’entre temps, les projections financières se sont nettement dégradées. Selon les estimations du Conseil d’orientation des retraites (COR) dévoilées le 11 juin dernier, le « trou » ne s’élèvera pas à 55,4 milliards d’euros en 2070 comme prévu initialement, mais à 92,2 milliards d’euros.

Ce quasi-doublement provient de la réactualisation des données démographiques de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui montre une chute de la natalité plus importante qu’anticipé. Or, moins d’enfants, c’est à terme moins de cotisants et donc moins de recettes pour les régimes de retraite.

Pas d’augmentation de l’âge de départ

Le CSR ne conseille pas d’augmenter les cotisations vieillesse. À près de 28%, elles se situent déjà en haut de la fourchette des pays développés. Le Comité ne veut pas non plus une affectation d’une partie des recettes de l’État aux régimes de retraite, alors que les finances publiques sont déjà dans le rouge.

Ce groupe d’experts reconnaît qu’instaurer une nouvelle augmentation de l’âge légal (l’âge minimum de départ) et/ou de la durée d’assurance (le nombre de trimestres pour percevoir une retraite sans décote) serait « délicat ». Il souhaite juste que l’on ne revienne plus sur le recul progressif de l’âge légal à 64 ans et l’accélération de l’allongement de la durée d’assurance à 172 trimestres (43 ans de cotisation) mis en place par la réforme des retraites de 2023.

Une limitation des départs précoces

Le CSR condamne ainsi, à demi-mots, la suspension de la réforme Borne par la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026. À la suite du dernier Budget de la Sécu, l’âge légal à 64 ans entrera en vigueur à compter de la génération née en 1969 (au lieu de la génération 1968), et les 43 ans de cotisation à partir de la génération 1966 (au lieu de la génération 1965).

Le Comité souhaite que les conditions d’octroi de la retraite anticipée pour carrière longue (RACL), qui permet aux actifs ayant commencé à travailler jeunes et qui disposent de tous leurs trimestres de partir plus tôt, soient durcies. Il se situe ici un peu à contre-courant, sachant que la réforme de 2023 a étendu justement la RACL aux personnes ayant débuté dans la vie active avant 21 ans (avant 20 ans auparavant). Enfin, le CSR veut qu’aucun nouveau dispositif de retraite anticipée ne soit instauré à l’avenir.

Une désindexation morte née

Les leviers de hausse des cotisations, de l’âge de départ et de durée d’assurance ne pouvant être utilisés, il reste celui de la désindexation des retraites. Le CSR souligne d’ailleurs que la moindre revalorisation des pensions par rapport à l’inflation a permis au régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco de revenir dans le vert. Il rappelle également que la première version du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 prévoyait déjà une sous-indexation des retraites de base pour réaliser des économies.

Pour rappel, le CSR a été créé par la réforme des retraites de 2014. Placé sous la tutelle du premier ministre, ce pool d’économistes, de statisticiens et de hauts fonctionnaires est composé d’un(e) président(e), de deux hommes et deux femmes. Il a pour mission de formuler, chaque année, un avis avant le 15 juillet sur la trajectoire financière du système français des retraites, en s’appuyant sur les projections du COR.

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Jean-Philippe Dubosc

Jean-Philippe Dubosc

Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite

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