Selon les dernières données publiques, le nombre de seniors passés en retraite progressive a été multiplié par plus de huit en moins de dix ans. Les fonctionnaires civils d’État sont particulièrement friands de ce dispositif qui permet de passer à temps partiel tout en touchant une fraction de sa retraite.
La retraite progressive n’est plus anecdotique. D’après l’enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dévoilée le 14 octobre 2026, ce dispositif, permettant aux seniors de travailler à temps partiel tout en touchant une fraction de leurs pensions de vieillesse, est en train de trouver son public. Le nombre de bénéficiaires de la retraite progressive est passé de 5 750 en 2015 à 42 440 en 2024. Soit une multiplication par plus de huit en l’espace de neuf ans !
Pour les seuls salariés, le nombre de bénéficiaires a plus que décuplé en dix ans, passant de 3 060 en 2014 à 31 370 en 2024. En réalité, cet engouement pour la retraite progressive est récent. Le décollage date de 2024, année où le nombre de bénéficiaires a été porté de 27 650 à 42 440. Ce n’est pas le fruit du hasard : la réforme des retraites de 2023 a instauré deux mesures qui ont boosté le dispositif.
Une extension à tous les actifs
Jusqu’ici réservé aux salariés des entreprises et associations, aux salariés et non-salariés agricoles (chefs d’exploitation, collaborateurs agricoles, aides familiaux) et aux agents non titulaires de la fonction publique (contractuels, vacataires), le dispositif a été étendu aux fonctionnaires titularisés, aux artisans, aux commerçants, aux professions libérales (médecins, avocats, notaires, architectes…) et aux agents des régimes dits « spéciaux » (SNCF, RATP, Banque de France…). Dit autrement, la retraite progressive est, depuis le 1er septembre 2023, accessible à l’ensemble des actifs, et ce, quel que soit leur statut professionnel.
Autre avancée : l’employeur peut refuser le passage à temps partiel (et donc la retraite progressive) uniquement si cela impacte l’organisation de l’entreprise, de l’administration, de la collectivité locale ou de l’hôpital. En outre, en l’absence de réponse à la demande de temps partiel du salarié ou du fonctionnaire dans les deux mois suivant sa demande, le silence de l’employeur public ou privé vaut désormais acceptation.
Une proportion élevée de femmes
Le développement de la retraite progressive est particulièrement important pour les agents civils de la fonction publique d’État (c’est-à-dire hors militaires et magistrats). Le dispositif a représenté 13,7% des départs à la retraite des fonctionnaires civils d’État en 2024, contre 2,1% de ceux des salariés agricoles, 5% de ceux des salariés des entreprises et associations et 6,7% de ceux des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers.
Tous statuts professionnels confondus, les femmes utilisent davantage la retraite progressive que les hommes : les premières représentent 68% des bénéficiaires, versus 32% pour les seconds. Cette prépondérance féminine s’explique peut-être par le recours plus massif du temps partiel chez les femmes.
Un dispositif voué à se développer
Les travailleurs à temps partiel sont, en effet, éligibles à la retraite progressive à condition, comme pour leurs homologues à temps complet, d’avoir validé au moins 150 trimestres (l’équivalent de 37,5 ans de cotisation) et de respecter les quotas de temps travaillé ou de baisse de revenus professionnels (entre 40% et 80% d’un temps plein pour les salariés, entre 50% et 90% d’un temps plein pour les fonctionnaires, réduction des bénéfices d’au moins 20% pour les indépendants).
Reste qu’au final le dispositif a représenté seulement 5,5% des départs à la retraite en 2024. Ce pourcentage devrait logiquement augmenter. Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est accessible dès 60 ans, contre 60 à 62 ans selon la date de naissance avant cette date. Cet abaissement devrait susciter des vocations, sachant que l’âge légal (l’âge minimum autorisé de départ à la retraite) est, lui, progressivement décalé de 62 à 64 ans.
Rédacteur en chef spécialisé dans la retraite







